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Monday, 01 April 2019

JE VIENS DU SUD ...

Androy, Habobo, Ampemba, Mica, Vohitramboa

Il faudrait que je garde des traces de toutes ces interventions que j’avais faites dans le cadre de l’accueil de mes amis américains. J’ai essentiellement exposé les réalités du Sud où j’ai passé une bonne partie de mon enfance. Le deep south qui a toujours été connu pour son aridité, continue à alimenter les débats sans issue, au point de faire de lui un bon centre d’intérêt politique.

Vers les années 70-80, mon père travaillais dans le pays Androy-Anosy-Mahafaly. Il connaissait très bien ces contrées, parlant couramment les dialectes et maîtrisant les « fomba ». Je tiens un peu de lui dans ce sens, je n’ai jamais été étrangère partout où j’allais. On habitait dans un village de mineurs. C’était vraiment un coin perdu, viabilisé certes, une sorte de cuvette entourée de massifs montagneux. Les maisons sont construites autour d’un vaste espace, alignées en U. En face de l’entrée se trouve le bâtiment pour les cadres, et de chaque côté, les pavillons des ouvriers. Le site s’appelait Vohitramboa. Derrière se trouvaient les champs de légumes. Rien ne manquait : des carottes, des brèdes, des tomates, des pommes de terre, des haricots, …. Un petit ruisseau passait par un canal aménagé entre les parterres pour les arroser. L’eau était recueillie en bas dans une sorte de bassin, où les gens faisaient la lessive et se baignaient. J’avais l’impression de vivre en communauté comme dans un monastère, un peu comme dans une coopérative. Je ne savais pas comment cela fonctionnait mais j’avais ressenti un certain bien-être. Nous avions de l’électricité (groupe électrogène) et de l’eau courante dans chaque maison. Je me rappelle l’existence de RaFélix, l’unique épicier qui vendait également des tissus. D’où est-ce qu’il s’approvisionnait, je n’en sais rien. Le soir, on entendait des gens faisant une procession, en dehors de notre village, au pied des montagnes. C’étaient des « bilo » me disait-on. Je ne sais pas jusqu’à présent de quoi il s’agissait. Les dahalo étaient déjà connus, mais ils passaient derrière nous, sans nous inquiéter. C’était tout à fait normal de dire entre deux bouchées « tiens, ce sont les dahalo qui passent ».

 Nous avions une belle vie. On mangeait bien. Le week end, mon père et ses amis chassaient. Ils ramenaient plein de gibiers, souvent des canards sauvages qu’ils laissaient faisander dans le hangar. Bien entendu, je n’aime pas ce genre de chose. A défaut d’autres viandes, on me gavait d’œufs. En ces temps-là, on ne connaissait pas la famine, même son odeur. A part les nourritures préparées à la tananarivienne par ma mère, on se délectait si bien de la cuisine du terroir. Les Antandroy adorent manger du grillé. Par nécessité je crois, vu la difficulté à trouver de l’eau pour la cuisson, la rareté des bois de chauffe, …. Tout est grillé : le manioc, la patate douce, le maïs, les viandes. Ce sont des grands guerriers, très forts puisqu’ils se nourrissaient sainement : du grillé, du frais, du bio. Les femmes savent bien préparer le mil, comme on en fait des pop-corns, qu’elles forment en boule avec du miel sauvage. Le lait est bu nature, ou bien, caillé, donnant le habobo, une sorte de yaourt. Les cactus en forme de raquette donnent des fruits très désaltérants. Il y avait également les tamarins. Je me rappelle très bien que nous ne manquions jamais de vin, de café, d’autres produits laitiers, notamment des fromages et cette espèce de margarine salée appelée Astra que je n’aimais pas …

Puis, les relents du 1er avril 1971, des manifs dans le Sud, n'ont plus encouragé mes parents à rester ...

 

08:00 Posted by Rondro H REGNIER | Tags: androy, habobo, ampemba, mica, vohitramboa | Permalink | Comments (0) | |  Facebook | |