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Thursday, 10 October 2019

LA CULTURE DU PRIVILEGE DES MEDIAS, IN UN ARTICLE DU SEFAFI

https://www.sefafi.mg/main/post/article/468?fbclid=IwAR3ECW4cdw0Qsl5NCFl81l6g5ma8sdBJBhNQA6uKEkfQTYBJ1ipp2OanREY

Je reprends ce à quoi j'adhère :

Un fait divers qui a défrayé la chronique. Le 28 août, la CUA (Commune urbaine d’Antananarivo) avait refusé l’accès du stade municipal de Mahamasina à une délégation comportant deux ingénieurs chinois, mandatée par la Présidence pour étudier un projet de rénovation du stade. Le 30, un hélicoptère de l’armée se pose sur le terrain. L’affaire est reprise en boucle par les réseaux sociaux, mêlant fausses nouvelles, insultes et diffamation de l’armée. Le lendemain, des organes de presse affirment que l’État a contourné l’interdiction de la CUA en dépêchant un hélicoptère militaire avec des Chinois à bord.  

Suite à la plainte du Chef d’état-major général, des journalistes qui ont repris ces informations sont convoqués par la Brigade criminelle dès le 1er septembre. Et l’armée indiquait que l’hélicoptère avait procédé à une mission de reconnaissance du site, dans le cadre de la sécurisation de la visite prochaine du pape François

Le 19 septembre, les journalistes inculpés reconnaissent qu’ils n’ont pas vérifié les sources de leurs articles, et le tribunal condamne deux journalistes à une amende de 10 millions d’Ariary chacun pour diffusion de fausses nouvelles et diffamation, conformément aux textes en vigueur. À nouveau, les réseaux sociaux s’enflamment et les commentaires fusent, invoquant une atteinte à la liberté d’expression et de la presse. Mais si la peine est incontestablement excessive, est-elle sans fondement pour autant ?

Car les choses ne sont pas aussi simples. Il suffit de parcourir la presse, d’écouter les radios et de regarder les diverses chaines de télévision pour s’en convaincre. Les « nouvelles » régulièrement véhiculées par ces médias sont-elles vraies ou, au contraire, approximatives, fragmentaires, partiales, déformées – bref, insuffisamment vérifiées ? Nous le savons tous, le phénomène des fake news (fausses nouvelles) a pris de l’ampleur ces dernières années. Il est donc légitime de s’interroger sur la fiabilité des informations diffusées.

La presse n’a pas à être la caisse de résonance de toutes les rumeurs pour faire du sensationnel. La liberté de la presse est un droit mais suppose également des obligations. Le journaliste doit faire preuve de rigueur intellectuelle et professionnelle.

Pour ce faire, le journaliste se doit de vérifier la fiabilité de la source et de recouper l’information. Est-il inconvenant de mettre en doute la véracité, voire la compétence des journalistes qui nous informent ? Dénoncer la partialité, la complaisance ou l’amateurisme d’un journaliste n’est pas attentatoire à la liberté d’expression. Sanctionner la diffusion d’informations inexactes ou tendancieuses, loin de nuire à la liberté de presse, la conforte : elle oblige les journalistes à vérifier leurs informations et à ne pas céder à la corruption, à la dissimulation ou à la diffamation.

Reconnaissons-le, certains journalistes n’acceptent pas de voir leurs écrits contestés. Ce faisant, ils cèdent à la culture du privilège, celui de l’impunité pour les médias - ce qui est totalement inacceptable. Mais ce constat renvoie à une autre évidence, qui est l’insuffisante formation intellectuelle d’une partie des journalistes de la Grande Île. Trop souvent, les médias traitent des questions juridiques, économiques, financières, sociales, religieuses ou autres avec un amateurisme affligeant, qui dérive souvent en contre-vérités ou en erreurs manifestes. Ce qui est en cause, ici, c’est le réflexe corporatiste qui semble devenir la règle face aux critiques à l’endroit des membres de tout groupe professionnel tels que la magistrature, les forces de l’ordre, le personnel médical… et la profession de journaliste !

La profession gagnerait plus à se soucier davantage des questions de compétence professionnelle et de déontologie, afin de rehausser l’image des journalistes et la crédibilité des médias malgache. 

 

  « Le problème de la presse malgache actuelle a une triple source. 

Primo, le manque de formation de toute une flopée de gens qui sont venus dans le métier juste pour ne pas être chômeurs [ndlr, pour trouver quelque chose à mettre à la rubrique profession, lorsqu'on va se marier. On mettra journaliste, pour ne pas dire vagabond, personne ne vérifiera les diplômes ou autres certificats], ou attirés par les perspectives de felaka [somme d’argent discrètement offerte au journaliste], et qui n’ont donc qu’une perception lointaine des règles de professionnalisme et de l’éthique.

Secundo, le manque de repères, avec un Ordre des journalistes périmé et absent, et de moins en moins d’anciens capables d’imposer un minimum de bonne conduite aux nouvelles générations, ce qui laisse aux "grandes gueules" le soin de jouer aux porte-flambeaux de la liberté de la presse, mais avec bien peu de crédibilité quand on étudie leur propre parcours.

Et tertio, un contexte socio-économique qui rend les journalistes ouverts aux sollicitations d’un système où la "petite enveloppe" arrange corrompus et corrupteurs »,

Ndimby A., Médias : les droits et les devoirs, Madagascar Tribune, 18 août 2014. 

 

BIEN DIT !

 

 

00:00 Posted by Rondro H RAKOTOBE | Tags: sefafi, média, madagascar | Comments (0) |  Facebook | | | |

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