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Saturday, 18 August 2012

COMMENT ALLEZ-VOUS DOCTEUR ?

 

Enfant, j'ai toujours rêvé de devenir médecin. Je sais que mes parents ont, eux aussi, voulu embrassé la carrière médicale mais ça n'a rien à voir. J'ai choisi la voie de la médecine qui ferait plaisir alors à tout le monde, tant mieux. Une fois engagée, je ne pouvais plus reculer devant les études qui traînaient plus que prévu. Au bout du compte, j'ai passé dix années de mon existence, au lieu de sept, à la Faculté de Médecine, aucun redoublement. En effet, la durée d'une année universitaire varie au gré des grèves, des étudants comme du personnel enseignant, et le personnel administratif n'est pas en reste. Sans compter les grèves générales du pays, l'année prémédicale à laquelle je ne m'attendais pas. Des années blanches, au moins j'en ai connu deux, et je passe sous silence le service national après le baccalauréat. Maintenant je pleure ces dix années de ma vie foutues en l'air, gaspillées ! Mais je suis médecin tout de même, si seulement le titre suffisait, je serais la plus heureuse de la fratrie. Et ne me parlez plus de spécialisation ni d'agrégation, merci.

J'étais encore en quatrième année quand ma sœur a décroché sa licence, puis sa maîtrise. Elle a vite trouvé un emploi, gagne bien sa vie, prépare son mariage en toute sérénité. Moi, je passais une bonne partie de mon temps à faire la queue partout ; à l'Agence Comptable de l'Université pour les maigres bourses d'études, au Trésor Public pour les modiques indemnités de stages, puis pour les symboliques présalaires, puis le prêt d'honneur en vue de la Thèse de Doctorat. Puisqu'il faudrait bien une Thèse avant de devenir Docteur, sinon rien. S'ensuivait le fameux serment d'Hippocrate que j'ai prêté avec tout mon cœur et toute mon âme, un 02 juin.

Mon père n'a rien vu de cela ...

Je n'ai pas réussi à entrer dans la Fonction Publique, faute de piston puisque les performances universitaires ne m'ont pas aidée. Je n'avais pas non plus envisagé d'officier en privé. Encore étudiante, du monde s'agglutinait devant notre portail. On m'appelait déjà Docteur, par politesse ou pour m'encourager ou me flatter, j'en sais rien, c'est courant. Les gens du quartier viennent consulter pour différents maux, du petit bobo aux maladies complexes. Il n'y a pas de petite ou de grande maladie, ils ne se sentent pas bien et ils viennent ; le médecin (le docteur) est fait pour ça. Certains viennent pour mesurer leur tension artérielle, par routine, puisqu'il y a un docteur qui est disponible et disposé à recevoir, à écouter, à être dérangé à toute heure.

Les gens du quartier étaient satisfaits de mon accueil, de mon empathie, de mes services. Moi, j'étais satisfaite des remerciements, des sourires, des bénédictions. Voilà le revers du célibat. J'étais encore étudiante. Avec mon diplôme plus tard, je suis devenue un vrai docteur qui a prêté serment de soigner grâcieusement les indigents. Et si tout le peuple est indigent ? Alors je me suis étiquetée Médecin-Conseil. Ainsi, le bénévolat à longueur d'année me ferait moins mal. Ce n'est la faute à personne, j'ai fait mon choix pour une profession sacerdotale, un acte citoyen.
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Au bout de dix années d'études médicales, sanctionnées par un Doctorat d'Etat, je suis devenue un Manager d'Entreprises, Un Responsable des Ressources Humaines, Un Chef de Projet de Développement, Un Journaliste, Un Organisateur d'Evénementiel, Un Importateur, et tout ce que vous voulez sauf Médecin traitant.

Ça ne va pas Docteur !

 

 

 

En ligne le 02/06/2010

 

15:30 Posted by Rondro H REGNIER (Bozy Boléta) | Tags: polyvalence | Comments (0) |  Facebook | |

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